SKEPSOS : repenser la santé à l’ère du numérique

 

 

À l’heure où les systèmes de santé doivent relever des défis majeurs en matière d’organisation, de coordination et d’efficience, la transformation numérique apparaît comme un levier incontournable. Depuis plus de quinze ans, SKEPSOS accompagne cette évolution en développant des solutions innovantes destinées aux professionnels de santé et aux établissements sanitaires et médico-sociaux.

Fondée par Clémentine Langlois, l’entreprise place l’innovation au service de l’amélioration des parcours de soins, de l’optimisation des organisations et de la valorisation des données de santé.

À l’occasion d’un entretien accordé à Airs de Paris, elle revient sur son engagement en faveur de l’innovation, de la coopération internationale et d’une approche plus intégrative de la médecine.

 

Clementine 2

 

Vous entretenez depuis plusieurs années une relation étroite avec la ville de Nanjing. Pouvez-vous nous raconter cette expérience et nous expliquer votre rôle dans cette coopération ?

Nanjing, c’est avant tout une coopération de long terme qui existe depuis 2009. De nombreux acteurs sont engagés dans cette relation depuis des années et ont construit des bases solides. Lorsque je me suis impliquée dans cette dynamique, mon objectif a été d’apporter un nouvel élan en facilitant les échanges entre les différents partenaires.

J’ai notamment introduit de nouveaux outils de communication et de collaboration afin de fluidifier les dialogues entre les équipes françaises et chinoises. J’ai également cherché à ouvrir davantage cette coopération en associant de nouveaux experts, chercheurs, professionnels de santé et acteurs de l’innovation.

Mon rôle a consisté à créer des passerelles, à rapprocher les écosystèmes et à favoriser l’émergence de projets concrets dans les domaines de la santé, de la recherche et de l’innovation médicale.

 

Quels sont les résultats les plus marquants que vous avez contribué à obtenir dans le cadre de cette collaboration ?

L’un des résultats les plus significatifs a été l’organisation, il y a quelques semaines, de la quatrième édition des GEMSU à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Cet événement a marqué une nouvelle étape dans le développement des échanges franco-chinois en santé.

Nous avons bénéficié d’un soutien institutionnel fort avec la participation de la présidente de l’AP-HP ainsi que de sa directrice opérationnelle, venues prononcer les discours d’ouverture. Cette reconnaissance témoigne de l’intérêt croissant porté à ces coopérations internationales.

Nous avons également réussi à réunir des spécialistes de médecine traditionnelle chinoise issus de plusieurs régions de Chine, qui ont présenté les résultats scientifiques de leurs travaux et échangé directement avec des médecins hospitaliers français ainsi qu’avec des chercheurs de premier plan de l’Inserm.

Ces rencontres permettent de créer un dialogue scientifique de haut niveau et d’identifier de nouvelles opportunités de recherche et de collaboration entre nos deux pays.

 

Quels sont aujourd’hui les nouveaux projets que vous développez avec vos partenaires chinois ?

Aujourd’hui, nous travaillons sur plusieurs projets stratégiques, notamment autour de la donnée de santé et de l’intelligence artificielle.

De nombreuses startups françaises ont besoin d’accéder à des volumes importants de données pour entraîner leurs algorithmes, valider leurs modèles et accélérer leur développement. Dans ce contexte, des réflexions et des coopérations commencent à émerger entre certains acteurs français et des partenaires hospitaliers chinois, dans le strict respect des exigences réglementaires, éthiques et de sécurité des données.

Parallèlement, nous observons une demande croissante de la part des professionnels de santé pour mieux comprendre l’intégration de la médecine traditionnelle chinoise dans les parcours de soins contemporains. Les établissements hospitaliers, à Paris comme en région, manifestent un intérêt réel pour ces approches complémentaires lorsqu’elles sont évaluées selon des critères scientifiques rigoureux.

C’est dans cette perspective que je travaille actuellement sur une plateforme d’orchestration visant à coordonner l’ensemble de ces initiatives. L’objectif est de construire une vision globale du parcours de soins, intégrant les médecines conventionnelles, les approches complémentaires, la nutrition et les thérapies fondées sur les plantes, tout en s’appuyant sur des données mesurables et des recherches scientifiques de haut niveau.

L’enjeu est de développer une médecine plus intégrée, plus personnalisée et davantage fondée sur les preuves, au bénéfice des patients et des professionnels de santé.

L’enjeu est que cette intégration repose sur des données objectives, des indicateurs mesurables et des recherches scientifiques de haut niveau, afin de garantir la qualité, la sécurité et l’efficacité des prises en charge proposées aux patients.

 

Comment vous est venue l’idée de faire le lien entre ces deux mondes ? Comment avez-vous imaginé associer la médecine traditionnelle chinoise à la médecine occidentale ?

J’ai toujours été très intéressée, et même passionnée, par la médecine intégrative ainsi que par les pratiques issues de la médecine traditionnelle chinoise. Au fil des années, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux professionnels et experts de ces domaines, ce qui a nourri ma réflexion.

Lorsque j’ai commencé mes travaux sur la santé 5.0, il m’est apparu comme une évidence que cette approche devait reposer sur une double ambition : d’une part, intégrer les technologies les plus avancées au service des patients et des professionnels de santé ; d’autre part, s’appuyer sur les apports de la médecine moderne tout en valorisant les enseignements des médecines traditionnelles.

Pour moi, la santé 5.0 consiste précisément à créer un dialogue entre ces deux univers : associer la puissance de l’innovation scientifique et technologique à une vision plus globale, plus holistique et plus humaine du soin, afin de mieux répondre aux besoins des personnes.

 

Quels sont, selon vous, les principaux atouts culturels communs entre Français et Chinois ?

Ce qui rapproche profondément les Français et les Chinois, c’est avant tout une certaine manière de vivre et de créer du lien. Sur le plan culturel, nous partageons un véritable attachement à la convivialité et au plaisir de se retrouver autour d’une table. Aimer bien manger, prendre le temps de partager un repas, échanger dans un cadre chaleureux : ce sont des valeurs communes qui favorisent la confiance et le rapprochement entre les personnes.

Dans les projets franco-chinois, ces moments de convivialité jouent souvent un rôle déterminant. Bien plus qu’un simple repas, ils permettent de créer des relations humaines sincères, d’accélérer la compréhension mutuelle et de renforcer la coopération. Le temps consacré à la rencontre et à la construction d’une relation de confiance est souvent plus précieux que la recherche immédiate d’un résultat économique ou technologique.

Car avant toute réussite commerciale ou scientifique, il y a une histoire humaine à bâtir. Développer des liens durables, fondés sur le respect, l’amitié et la connaissance réciproque, constitue la base d’une collaboration solide sur le long terme.

Au-delà de ces aspects relationnels, la France et la Chine partagent également certaines sensibilités culturelles. L’amour de l’art, l’intérêt pour la culture, mais aussi le rapport à la nature et au territoire sont autant de points de convergence. La réflexion sur les paysages, les écosystèmes et l’harmonie entre l’homme et son environnement occupe une place importante dans les traditions intellectuelles des deux pays.

C’est pourquoi il est essentiel de mettre davantage en lumière ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous oppose. Les points communs sont nombreux et constituent un socle précieux pour construire un partenariat équilibré, respectueux et durable entre la France et la Chine.

 

Quels sont aujourd’hui vos principaux projets de recherche et de coopération internationale dans le domaine de la santé ?

Mon projet actuel s’articule autour de plusieurs axes complémentaires. Le premier consiste à renforcer ma collaboration avec l’Université du Zhejiang, qui mène une réflexion particulièrement ambitieuse sur la gouvernance mondiale des systèmes de santé. J’ai d’ailleurs candidaté pour intégrer leurs équipes de recherche afin de contribuer à ces travaux sur les nouveaux modèles de gouvernance internationale en santé.

Cette démarche s’inscrit pleinement dans le prolongement de mes recherches à l’École des Ponts et de mon doctorat, qui portent sur les données de santé et les données virales. Au fond, la question centrale est celle du partage des biens communs et des ressources stratégiques afin de mieux répondre aux besoins des populations à l’échelle mondiale. Chaque pays, chaque institution, apporte une expertise spécifique à cette construction collective.

La France dispose d’une expérience reconnue dans l’organisation des systèmes de santé, la recherche clinique et la rigueur méthodologique. De nombreuses coopérations sont déjà engagées entre les équipes de Nankin, de Hangzhou, plusieurs hôpitaux de Shanghai, ainsi que l’AP-HP et l’Inserm. L’un des enjeux majeurs de ces travaux est de développer de nouveaux cadres méthodologiques permettant d’évaluer scientifiquement l’efficacité des approches combinant médecines conventionnelles et médecines traditionnelles. C’est un défi scientifique important, sur lequel je suis particulièrement investi.

Enfin, un autre objectif essentiel consiste à renforcer les échanges entre praticiens français et chinois. Il ne s’agit pas seulement de développer des programmes de formation, mais de permettre aux médecins français d’exercer et de travailler aux côtés de leurs homologues chinois. Cette immersion réciproque favorise une meilleure compréhension des pratiques, des savoir-faire et des approches médicales de chacun. À terme, l’ambition est de faire émerger des modèles de soins plus intégrés, plus performants et mieux adaptés aux besoins des populations.

 

Comment la coopération entre la France et la Chine peut-elle accélérer l’innovation en santé numérique tout en répondant aux défis du vieillissement des populations ?

Je pense que le renforcement du partenariat entre la France et la Chine doit s’envisager à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, il concerne les infrastructures. Il est essentiel de développer des infrastructures communes et de favoriser le partage d’expertises dans des domaines stratégiques, notamment la santé. Pour produire des résultats comparables et scientifiquement robustes, il est important d’harmoniser certaines approches et méthodologies afin de limiter les biais, quels qu’ils soient.

Nous devons également travailler sur des infrastructures numériques responsables, moins consommatrices d’énergie, car la sobriété énergétique constitue aujourd’hui un enjeu majeur. Cela passe aussi par le développement de systèmes d’information et de données fédérées : les données demeurent sous la responsabilité des territoires nationaux, mais les connaissances et les résultats issus de leur analyse peuvent être partagés au bénéfice de tous.

Le partenariat peut également s’appuyer sur des brevets et des programmes de propriété intellectuelle partagés entre chercheurs français et chinois. L’émergence de nouvelles approches, notamment dans le domaine des thérapies numériques (DTx) et du médicament numérique, exige de nouvelles méthodologies d’évaluation. Il devient nécessaire de repenser la manière dont nous apprécions les risques, mais aussi les bénéfices pour les patients et les populations.

Au-delà de la technologie, il s’agit avant tout de mieux comprendre les besoins humains et d’améliorer les parcours de soins. L’objectif est d’accompagner chaque personne tout au long de sa vie. C’est la vision que je développe à travers la plateforme « Fil de Vie », qui ne se limite pas à un symptôme ou à un épisode médical ponctuel, mais suit l’individu dans la durée.

Cette approche s’appuie notamment sur les données de vie réelle collectées grâce à différents objets connectés et capteurs environnementaux. Elle permet d’intégrer une vision continue de la santé sur l’ensemble du cycle de vie, favorisant ainsi la prévention, la réduction du recours aux soins lorsque cela est possible, la préservation des écosystèmes et le maintien d’une bonne santé le plus longtemps possible.

Cette réflexion est particulièrement importante face au vieillissement des populations. Sur la plupart des continents, le nombre de personnes âgées va continuer à augmenter alors que les ressources humaines et financières disponibles pour leur accompagnement restent limitées. Dans ce contexte, la digitalisation et la robotisation joueront un rôle déterminant.

Le maintien à domicile constitue notamment un enjeu majeur. Grâce aux objets connectés et aux systèmes de surveillance intelligents, il devient possible d’accompagner les personnes fragiles de manière continue, de détecter précocement les situations à risque et de prévenir les accidents. La prévention des chutes est un exemple particulièrement significatif, car celles-ci représentent l’une des principales causes de perte d’autonomie et de mortalité chez les populations les plus vulnérables.

En renforçant la coopération entre la France et la Chine autour de ces enjeux, nous pouvons construire des solutions innovantes, durables et centrées sur l’humain, au service de la santé des générations présentes et futures.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire un livre ?

Mon livre Le Soin Vivant est né d’une première intention : partager les résultats de mes recherches menées à l’École des Ponts sur les données de vie réelle et la formation des professionnels de santé aux enjeux du numérique.

Puis, au fil du temps et des réécritures, j’ai ressenti le besoin d’y intégrer une dimension plus personnelle. J’ai souhaité transmettre les enseignements tirés de mes expériences à travers le monde, car ce qui me motive depuis toujours, c’est la volonté de créer des liens : rapprocher les cultures, rassembler les personnes et contribuer à construire un langage universel.

À mes yeux, le soin constitue l’une des expressions les plus profondes de ce qui nous unit. Prendre soin les uns des autres, reconnaître l’altérité, développer l’attention à l’autre : voilà ce qui nous rapproche au-delà de nos différences.

Dans la première partie du livre, je partage ainsi des expériences vécues en Europe, en Asie et en Afrique pour montrer combien les éléments qui nous rassemblent sont plus nombreux que ceux qui nous divisent. Cette partie est une réflexion sur le lien, sur notre humanité commune et sur la manière dont le soin peut devenir un véritable facteur d’unité.

La seconde partie s’inscrit davantage dans ma volonté d’agir concrètement. Car prendre conscience de nos liens est une étape essentielle, mais la question demeure : comment transformer cette prise de conscience en action ?

J’y propose donc des pistes opérationnelles, des retours d’expérience et des plans d’action concrets. Mon objectif est d’offrir des outils aux professionnels de santé, aux acteurs du numérique en santé, mais aussi à toutes celles et ceux qui souhaitent contribuer à cette transformation.

Ce livre est une invitation à passer à l’action, à mettre le soin au cœur de nos pratiques et à construire des ponts entre les individus, les cultures et les territoires. Avec une conviction simple : le soin et l’altérité peuvent devenir des forces de rapprochement capables de servir un objectif commun à l’échelle du monde.

 

 

 

AIRS DE PARIS

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